Le 15 juin 2026, Anne Patterson, directrice de la recherche et des communications au CTIC, a témoigné devant le Comité permanent de la citoyenneté et de l'immigration de la Chambre des communes du Canada dans le cadre de son étude sur l'attraction et l'autonomisation des talents internationaux afin de renforcer l'économie canadienne. L'enregistrement complet de la réunion du Comité permanent est disponible ici. (Vidéo disponible uniquement en anglais)
Vous trouverez ci-dessous la transcription des observations et des recommandations formulées par le CTIC à l'intention du Comité.
« Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députés, je vous remercie de m'avoir invitée à prendre la parole aujourd'hui.
Mon nom est Anne Patterson et je suis directrice de la recherche et des communications au Conseil des technologies de l'information et des communications du Canada, ou CTIC.
Le CTIC est un centre d'expertise national neutre et sans but lucratif qui a pour mission de renforcer l'avantage numérique du Canada dans l'économie mondiale grâce à la recherche et à la mise en œuvre de programmes.
Nos programmes de promotion des talents ont permis à plus de 13 000 professionnels des secteurs technologiques formés à l'étranger d'apporter une contribution significative à l'économie canadienne, parallèlement à des initiatives visant à constituer des viviers de talents numériques au niveau national.
L'économie numérique emploie environ 2,7 millions de personnes, soit 13 % de la population active canadienne, et représente environ 10 % du PIB. Le CTIC prévoit que l'emploi dans l'économie numérique du Canada progressera de 2,7 % par an jusqu'en 2030, soit une croissance plus de deux fois supérieure à celle de l'ensemble du marché du travail.
Cette main-d'œuvre jouera un rôle essentiel dans la réalisation des ambitions du Canada dans les domaines de l'intelligence artificielle, de la cybersécurité, de la défense, des infrastructures numériques et d'autres secteurs stratégiques.
Le Canada doit continuer à investir dans l'enseignement des STIM, l'apprentissage intégré au travail, le perfectionnement des compétences et la formation dispensée par les employeurs.
Cependant, le développement des talents prend du temps.
Dans les secteurs en pleine évolution, les retards dans l'accès aux compétences essentielles peuvent freiner les investissements, l'adoption des technologies et la croissance de la productivité. Le Canada a besoin à la fois d'un solide vivier de talents nationaux et d'un accès aux talents internationaux.
Les personnes immigrantes représentent déjà 37 % de la main-d'œuvre de l’économie numérique au Canada, mais de nombreux professionnels formés à l'étranger n'exercent pas un emploi à la hauteur de leurs compétences.
Le Canada peut certes attirer des personnes possédant une solide expérience dans les domaines des logiciels, de la cybersécurité, des données ou de l'intelligence artificielle, mais celles-ci peuvent néanmoins se heurter à des obstacles lorsqu’il s’agit de faire reconnaître et évaluer leurs compétences, ou de les voir pleinement mises à profit par les employeurs.
C'est là tout le défi lié à la sous-utilisation des talents. Le Canada est en concurrence non seulement pour attirer les talents, mais aussi pour faire en sorte qu’ils contribuent rapidement et efficacement à la croissance économique.
Une partie de ce défi commence avant même l'arrivée des candidats.
Dans l'économie numérique, la demande de compétences évolue rapidement. Les nouvelles technologies créent de nouveaux métiers et imposent de nouvelles exigences en matière de compétences à un rythme auquel les classifications professionnelles traditionnelles ne peuvent s’adapter. Si la sélection des personnes immigrantes repose trop fortement sur des indicateurs statiques ou rétrospectifs, le Canada risque de privilégier les besoins du marché du travail d'hier plutôt que les opportunités de demain.
Je voudrais formuler trois recommandations.
Premièrement, le Canada devrait s'appuyer davantage sur des données prospectives relatives au marché du travail dans le cadre de la sélection des candidats à l'immigration.
Le niveau d'études, l'âge et les compétences linguistiques restent des facteurs importants, mais ils doivent être complétés par des prévisions relatives au marché du travail et des indicateurs liés à la demande.
La sélection par catégorie constitue une avancée positive. Cependant, dans des secteurs en pleine évolution tels que l'intelligence artificielle, la cybersécurité, l’infonuagique et les infrastructures numériques, la demande de compétences peut varier considérablement d'une année à l'autre.
La sélection des personnes immigrantes devrait davantage tenir compte des prévisions relatives au marché du travail, de la persistance des postes vacants, des projections en matière d'emploi, des tendances salariales, des exigences en matière de compétences et de la demande régionale.
Les critères de sélection devraient être réexaminés régulièrement afin de s'assurer qu'ils tiennent compte des nouvelles opportunités économiques et de l'évolution rapide des besoins de compétences, plutôt que de s'appuyer excessivement sur les conditions historiques du marché du travail.
Deuxièmement, le Canada devrait moderniser la manière dont il évalue l'expérience et les compétences.
Dans de nombreux métiers du secteur numérique, la pertinence et la récence de l'expérience peuvent primer sur le nombre total d'années de travail.
Un développeur de logiciels justifiant de trois ans d'expérience récente dans un domaine très pertinent, tel que les systèmes d'IA, l'architecture infonuagique ou la cybersécurité, pourrait mieux répondre aux besoins du marché du travail qu'un développeur de logiciels disposant d'une expérience nettement plus longue dans d'autres technologies.
Le système d'immigration canadien devrait mieux reconnaître les compétences avérées, les certifications et les aptitudes spécifiques à chaque métier. Dans une économie numérique en pleine évolution, l'évaluation des compétences peut souvent constituer un meilleur indicateur de l'aptitude à intégrer le marché du travail que la seule équivalence des diplômes.
Troisièmement, le Canada devrait renforcer la préparation des employeurs et l'utilisation des talents.
La politique d'immigration met souvent l'accent sur la préparation des nouveaux arrivants, tout en accordant moins d'attention à l'aide apportée aux employeurs pour recruter, évaluer, intégrer et retenir les talents internationaux. Les employeurs ont besoin d'outils concrets et d'une plus grande confiance pour évaluer l'expérience et les compétences acquises à l'étranger.
Une meilleure valorisation des talents des nouveaux arrivants n'est pas seulement une question d'équité, c'est aussi une question de productivité économique.
Si le Canada prend au sérieux l'intelligence artificielle, la cybersécurité, la souveraineté numérique et la compétitivité, il doit accorder la même importance aux talents.
Une politique d'immigration stratégique permet au Canada d'avancer plus vite, de se développer plus rapidement et d'être plus compétitif.
Merci. C’est avec plaisir que je répondrai à vos questions. »